"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

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Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

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Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

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CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions
Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

samedi, juin 22, 2013

QUANDLABDCREATIVE
ESTAUSERVICE
DELAPAIX
Source : rue89.com en ligne
le samedi 22 juin 2013



« Merde au Hamas,
merde à Israël, merde au Fatah » :
débat autour
de la BD « Le Printemps des Arabes »




Jean-Pierre Filiu
Universitaire


(De Jérusalem, Ramallah, Naplouse, Gaza) Le consulat général de France à Jérusalem vient de m’inviter à une tournée de conférences, entre autres pour présenter « Le Printemps des Arabes ». Ce roman graphique, tout récemment publié chez Futuropolis (et dont je suis l’auteur) est dessiné par le talentueux trentenaire Cyrille Pomès. Il est construit sur seize chapitres dont chacun traite un volet différent, petite ou grande histoire, de ces mouvements de contestation, couronnés par la chute du dictateur, ou combattus par une répression féroce.

Un de ces chapitres, intitulé Le rap de Gaza, suit les jeunes animateurs d’un manifeste protestataire, diffusé à la veille de l’immolation de Mohammed Bouazizi, en décembre 2010, acte fondateur de la révolution tunisienne et arabe :

« Merde au Hamas, merde à Israël, merde au Fatah. »

« Nous voulons crier, percer le mur du silence, de l’injustice, de l’apathie de même que les F16 israéliens pètent le mur du son au-dessus de nos têtes. »

« Nous voulons être libres, nous voulons être en mesure de vivre normalement et nous voulons la paix. »

A l’institut Romain-Gary de Jérusalem-Ouest, le public est ce soir-là majoritairement franco-israélien. Le centre français est mitoyen de la municipalité de Jérusalem. De l’autre côté du boulevard, s’élèvent les murailles de la vieille ville, située dans la partie orientale de Jérusalem, considérée par l’ONU comme un territoire occupé par Israël depuis 1967. En revanche, le secteur occidental est indéniablement partie de l’Etat d’Israël depuis sa fondation en 1948. Cette contestation internationale de la souveraineté d’Israël sur une partie de la ville fait que les ambassades étrangères demeurent installées à Tel Aviv.


Préoccupation sur la crise syrienne

Ma présentation du « Printemps des Arabes » suscite des interrogations sur le détournement par les islamistes, en Tunisie comme en Egypte, de révolutions auxquelles ils étaient largement étrangers. Je m’efforce de mettre le bouleversement en cours dans une perspective historique, suggérant que les partis islamistes, victorieux à court terme, pourraient rapidement payer le prix fort de leur gestion calamiteuse.

La préoccupation est réelle dans l’assistance sur le devenir de la crise syrienne, même si Israël ne peut qu’apprécier la rupture entre le Hezbollah, engagé aux côtés de la dictature d’Assad, et le Hamas, partisan au contraire du soulèvement révolutionnaire.

Le dessinateur israélien Michel Kichka s’est déplacé pour l’occasion et nous échangeons mon « Printemps » pour sa « Deuxième génération » (Dargaud, 2012). Cet album vient juste d’être traduit en hébreu et édité en Israël, où l’offre de roman graphique demeure très limitée. Engagé avec Plantu dans Cartooning for peace, Kichka ne ménage pas ses traits contre les intégristes et les bellicistes de tous bords. La prochaine rencontre de Cartooning for peace est prévue en Tunisie.


La fille au soutien-gorge bleu

Changement de décor. Nous sommes cette fois en bordure de la vieille ville de Naplouse. L’institut français est installé dans une demeure traditionnelle, dont le balcon domine la colline en contrebas. Au mur les œuvres d’un artiste de Gaza, Mohammed al-Hawajri, qui détourne des tableaux fameux pour les plonger dans l’actualité arabe la plus récente.



Je suis particulièrement impressionné par son travail sur le « Saturne dévorant un de ses enfants » de Goya. Hawajri l’a en effet utilisé comme décor sinistre de la photographie désormais emblématique de la « fille au soutien-gorge bleu », cette révolutionnaire anonyme du Caire, humiliée et piétinée par les forces de « l’ordre », quelques mois après la chute de Moubarak. On ne saurait trouver meilleure introduction à ma présentation.

Le public est partagé entre intellectuels locaux et volontaires internationaux, très présents dans la solidarité active à Naplouse. J’interviens dès lors en anglais, ouvrant la possibilité d’un échange en arabe avec celles ou ceux qui le souhaitent. Les questions portent cette fois sur la nature même de ce « printemps », dont la nature à mon sens révolutionnaire est mise en doute par plusieurs intervenants.

Le chapitre que Cyrille et moi-même avons consacré à Gaza fait débat chez ceux qui minimiseraient volontiers la répression du Hamas pour se concentrer sur les violations directes et indirectes des Droits de l’homme par l’occupation israélienne.

Je leur réponds que je n’ai fait que reprendre les mots du « manifeste de la jeunesse de Gaza », m’effaçant derrière les revendications de dignité de cette génération exigeante et impatiente. Les échanges sur la Syrie sont eux aussi marqués par la vision complotiste d’une certaine gauche arabe ou alter, qui réduit la révolution syrienne à une sempiternelle manipulation des « impérialistes ». Mais, en Palestine comme en France, la Syrie divise et trouble, et mon interprétation de la crise syrienne est aussi soutenue activement par de nombreuses personnes.







Extrait de la BD « Le Printemps des Arabes » de Cyrille Pomès et Jean-Pierre Filiu



Les mots ne sont pas tendres à l’encontre du mouvement islamiste

Le lendemain matin, passé le poste-frontière d’Erez qui cadenasse l’entrée de la bande de Gaza, c’est devant les étudiants du département de français de l’université d’Al-Aqsa que je présente le roman graphique. Sur la trentaine de jeunes, la majorité sont des filles, toutes voilées (à la différence de leurs enseignantes, souvent les cheveux découverts). Je suis accueilli par le responsable du département, Ziad Medoukh, militant actif de la non-violence et poète à ses heures.

Au mur, des représentations imagées des symboles du patrimoine français associés à ceux de la Palestine. Les ventilateurs tournent à fond, car la température extérieure a largement dépassé les trente degrés.

Le débat est vif et passionnant avec ces jeunes Palestiniens dont la maîtrise de la langue française me touche. Je suis frappé de leur refus de singulariser Gaza et leur volonté de se rattacher en permanence à un peuple palestinien au destin bien plus large que celui d’une enclave désormais contrôlée par le Hamas.

Les mots ne sont d’ailleurs pas tendres à l’encontre du mouvement islamiste, ce qui confirme la validité du choix français d’une présence volontariste à Gaza, justement pour y maintenir ouverts des espaces de liberté. Ces étudiants sont surtout angoissés par la perspective de perdre une fois de plus une occasion historique, les révolutions arabes risquant de reléguer la question palestinienne au second plan. Mais cette génération comprend spontanément que l’histoire se fait, qu’elle est en cours et qu’elle est celle de leur temps.


Gaza : effervescence de la scène rap

Je retrouve le soir Ayman, un des piliers des Palestinian Rappers, auxquels Cyrille et moi avons dédié notre chapitre de Gaza. La mémoire de Vittorio Arrigoni, militant italien installé à Gaza, supplicié par les jihadistes en avril 2011, est évoquée avec émotion.

Asmaa al-Ghoul, journaliste intrépide et grande pourfendeuse de l’hypocrisie islamiste, dîne avec nous. Contrairement au titre dont l’a honoré Le Monde, elle ne croit pas être la « dernière femme libre de Gaza ». Elle est même convaincue que les Palestiniennes de Gaza n’acceptent que dans l’espace public un ordre moral de plus en plus pesant, aux canons importés du Golfe par le Hamas, dans une logique à la fois rigoriste et consumériste.

Quant à Ayman, depuis la fermeture par le gouvernement islamiste du centre Sharek, voué aux différentes disciplines du hip-hop, il s’investit dans le collectif Palestinian Unit. Il est frappé par l’effervescence de la scène rap dans la bande de Gaza, avec selon lui une cinquantaine de groupes actifs. Mais c’est bel et bien d’un underground qu’il s’agit, les groupes jouant très rarement en public : les morceaux, enregistrés chez les uns ou les autres, sont directement mis en ligne, avec une communauté de fans toujours sur la brèche.

Ayman et Palestinian Unit se produisent, à l’occasion de la fête de la Musique, à l’Institut français de Gaza, longtemps seule scène ouverte au hip-hop dans le territoire.

Mais à Gaza, à Ramallah comme à Naplouse, c’est vers Beyrouth que le public palestinien tourne ses regards, le 21 juin. Mohammed Assaf, né dans un camp de réfugiés de Gaza il y a vingt-quatre ans, porte en effet les couleurs de la Palestine dans l’émission Arab Idol, au succès phénoménal, sur la chaîne satellitaire MBC, opérant au Liban, avec des capitaux saoudiens. Le Hamas, désarçonné par l’ampleur de cet emballement profane, se tient coi. Toutes les divergences politiques sont oubliées au son de cet artiste d’un soir, déjà signataire d’un contrat d’exclusivité. La Palestine se prend à rêver de dominer le monde arabe par une de ses voix. A chacun son printemps.



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