UNHYMNE
AARAFAT
Source : lemonde.fr en ligne
le 11 novembre
Arafat et les Juifs
Le tournant opéré par l'OLP pendant l'hiver 1988-1989, accentué encore par les propos qu'a tenus M. Yasser Arafat à Paris, est décisif. De cela, nul esprit honnête ne disconviendra. A une tragédie de guerre a succédé une stratégie de paix, avec comme objectif la création d'un Etat palestinien, vivant en paix avec son puissant voisin, Israël. Ceux qui, comme l'auteur de ces lignes, ont, dès le mois de juin 1967, écrit que là était le seul avenir envisageable ne peuvent que s'en réjouir à l'infini.
J'étais présent à l'Institut du monde arabe, le 2 mai, lorsque M. Arafat a exposé, devant une centaine d'intellectuels, la façon dont il concevait la Palestine future, et a répondu à quelques questions. De cette présence, je ne tire ni gloire ni honte : j'étais venu pour écouter et pour apprendre, et je ne le regrette pas. Je le répète, sur des points essentiels, M. Arafat nous a convaincus qu'il voulait la paix et qu'il n'existait pas d'autre solution sérieuse.
Il s'est déclaré prêt à rencontrer n'importe quel dirigeant israélien, y compris le général Sharon. Il a manifesté son souci de l'avenir des enfants israéliens, aussi bien que des enfants palestiniens. Ce sont là des affirmations essentielles et qu'il faut évidemment prendre au mot, avec espoir. On attend maintenant la réponse des Israéliens, auxquels M. Arafat s'est adressé explicitement et fermement, en comptant sur le mouvement de leur opinion publique. Il n'est pas interdit de penser qu'elle viendra un jour.
Cela dit, M. Arafat a tenu aussi quelques propos qui appellent, de la part d'un historien, un certain nombre de rectifications. Ce n'est pas que je me fasse des illusions sur le rapport à l'Histoire des leaders politiques quels qu'ils soient. Tout mouvement idéologique, particulièrement lorsqu'il prend la forme d'une guerre _ et M. Arafat est toujours le leader d'un peuple en guerre, _ charrie sa part de mythes, plus ou moins mobilisateurs. Les Israéliens ont les leurs, qui sont souvent gros comme des montagnes et ceux qui affirment, par exemple, que M. Arafat ne fait que continuer la politique de Hitler n'ont, certes, de leçons à donner à personne. Il en est de même, trop souvent, des dirigeants de la communauté juive française, qui continuent à asséner régulièrement des contre-vérités dont les historiens ont fait justice depuis longtemps.
Cependant, ce n'est pas d'Israël qu'il s'agit ici, mais d'un dirigeant palestinien qui, à travers lui, s'adressait, comme il l'a dit, à ceux des amis d'Israël qui se trouvaient dans la salle et qu'il s'efforçait de convaincre.
Voici trois affirmations qu'il me parait
devoir relever et corriger.
M. Arafat a affirmé que pendant la seconde guerre mondiale, le peuple arabe du Moyen-Orient, qui ne portait aucune responsabilité dans la persécution hitlérienne, a porté aide et secours aux Juifs persécutés, comme l'ont fait, par exemple, les Etats-Unis. Le caractère énorme de cette affirmation ne peut qu'être souligné. Chacun sait que, de secours, il ne vint point. On peut, certes, comprendre que des dirigeants arabes aient, à l'instar du grand mufti de Jérusalem, choisi le camp de l'Axe contre les empires occidentaux. Cela fut vrai aussi en Afrique du Nord, et l'attitude de Habib Bourguiba et du sultan du Maroc fut l'exception, plutôt que la règle. Mais on ne peut nier les faits. Ceux qui sont parvenus alors à se réfugier en Palestine et qui furent peu nombreux n'ont pas trouvé le salut par la grâce de leurs voisins arabes. Le contraire aurait été surprenant.
Intifada et holocauste
M. Arafat a exprimé sa compassion pour les victimes de la persécution hitlérienne et de la seconde guerre mondiale, qu'elles soient juives, chrétiennes, musulmanes ou même bouddhistes. C'est là, une fois de plus, comparer ce qui n'est pas comparable. La destruction systématique des Juifs d'Europe peut se comparer à la destruction des Tsiganes, ou à celle des Arméniens en 1915, voire, dans certaines limites, au massacre du "nouveau peuple" par les hommes de Pol Pot, non aux autres crimes de guerre. Des femmes déportées ont été tuées dans la chambre à gaz de Ravensbrück. C'était la même mort qui était infligée à des millions d'êtres humains juifs ou tsiganes à Auschwitz ou à Treblinka, ou encore à tant de prisonniers soviétiques, mais le crime n'était pas à la même échelle.
Encore une fois, ce crime n'est pas unique : nous en avons d'autres dans le passé de notre Occident, ne serait-ce que la destruction, même si elle n'a pas été tout à fait voulue, des Indiens d'Amérique au seizième siècle. On peut tenir à des Juifs des propos durs : on peut leur rappeler, parce que c'est la vérité, que la création d'Israël n'a pas été une idylle, mais une conquête fondée sur l'expulsion d'un autre peuple. Mais on ne peut pas, on ne doit pas leur dire des contre vérités.
C'est encore une contre vérité que d'affirmer que les Palestiniens de l'Intifada sont victimes d'un "holocauste au quotidien". Les Palestiniens sont victimes d'une authentique tragédie, et M. Arafat a su trouver des mots émouvants pour décrire ce qu'est leur exil : il leur est même difficile, nous a-t-il expliqué, de trouver un coin de terre pour enterrer leurs morts. Les Palestiniens des territoires occupés se trouvent hors la loi dans leur propre pays. C'est là une honte et un scandale, contre lequel doit lutter tout homme de coeur, et d'abord tous ceux qui ont le souvenir de la persécution. Mais il ne sert à rien d'employer des mots excessifs. Seule une vraie histoire pourra un jour fonder un vrai dialogue.
Pierre Vidal-Naquet
Revue de presse, panorama du monde, blog de lutte contre l'antisémitisme et le racisme, ouvert au dialogue, l'autre image d'Israël, la culture juive à la rencontre de toutes les cultures, le monde juif tel qu'il est.
"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS
Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha
Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam
CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions
Sortie en librairie début mai 2013
A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS
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