"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma  Ed Universlam

CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions
Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

mercredi, février 01, 2006

PASSERELLE








01-02-2006




LES RELIGIONS FACE A LA DERISION



Les caricatures du prophète Mohammed publiées dans un quotidien danois suscite une polémique d'ampleur internationale. "La Croix" analyse les relations toujours mouvementées entre le sacré et la caricature
Manifestation à Sanaa de femmes yéménites appelant au boycott des produits danois, le 1er février (photo Fazaa/AFP). Publiées le 30 septembre dernier par le quotidien danois Jyllands-Posten, reprises le 10 janvier par le magazine norvégien Magazinet et depuis par plusieurs journaux européens, douze caricatures du prophète Mohammed – dont l’une le montre la tête surmontée d’un turban en forme de bombe – provoquent, depuis quelques jours, de vives réactions dans l’ensemble des pays musulmans. Des demandes de sanctions contre le journal ont été adressées au Danemark par des gouvernements arabes tandis que des appels au boycottage des produits danois ont été lancés dans plusieurs pays arabes. Et si des responsables musulmans s’indignent de l’amalgame que ces dessins créent entre l’islam qu’ils vivent et le terrorisme qu’ils combattent, cette violente polémique souligne à quel point l’interdit de l’image et de toute représentation du prophète reste vivace dans le monde musulman. Symptomatique du fossé entre l’islam et la modernité occidentale, elle pose aussi la question des difficiles relations entre humour et sacré.


Les chrétiens espèrent le respect

Peut-on se moquer de Dieu, du Christ, de ce qui est au cœur de la foi des croyants ? Pas de positions unique et définitive chez les chrétiens. Pour le P. Michel Evdokimov, prêtre orthodoxe, Dieu ne peut pas être sujet de dérision et objet de caricature. Mais « l’homme est l’homme », confie-t-il, sensiblement affecté par tous ceux qui déforment les représentations de Dieu. «Au lieu d’élever l’homme vers Dieu, ils abaissent Dieu vers l’homme. On peut être joyeux avec Dieu, mais on ne peut pas se moquer de lui. Des martyrs sont morts pour défendre leur image de Dieu. On ne peut pas piétiner le sang des martyrs. Lorsque quelqu’un se moquait du Christ, Dostoïevski devenait blême et quittait immédiatement la salle où il était. Notre époque a perdu le sens du sacré.»Jésuite, rédacteur en chef du mensuel Études, le P. Pierre de Charentenay s’offusque aussi des agressions qui touchent le cœur de la foi. « D’accord, précise-t-il, pour l’humour, la caricature et même la dérision lorsqu’il s’agit du clergé, des institutions ecclésiales ou des comportements des croyants, mais toute liberté doit se donner ses propres limites. On ne peut pas traiter n’importe comment ce qui constitue le fondement de la foi de millions de croyants. Pendant longtemps, l’Église catholique a laissé faire. En 1996, elle a créé une association “Croyances et libertés” pour mettre un frein à toutes ces manifestations agressives. C’est normal et légitime. »« La caricature n’est pas forcément hostile, fait remarquer Régine du Charlat, religieuse auxiliatrice, théologienne, directrice honoraire de l’Institut des arts sacrés. C’est aux artistes de prendre leurs responsabilités. Mais aucune religion ne peut prétendre imposer sa foi à ceux qui ne la partagent pas. Ni les chrétiens ni les musulmans ne sont propriétaires d’une image ou d’une représentation de Dieu. Comme chrétiens, nous sommes exposés à des contresens sur le Christ, faut-il s’en offusquer ? »Jean-Luc Mouton, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire protestant Réforme va plus loin : « Le Christ ne nous appartient pas. Nous ne sommes pas propriétaires de son image. Les représentations caricaturales peuvent nous blesser parce qu’elles nous touchent au plus profond, tant pis ! Les croyants qui aiment le Christ n’ont pas à s’inquiéter de ceux qui le méprisent. Nous sommes invités à être ses témoins, pas ses défenseurs. »


L’islam aime l’humour mais pose des limites

« Allégez les cœurs instant après instant, car quand les cœurs sont las, ils s’aveuglent. » Rejetant les plaisanteries et les expressions grivoises, le prophète Mohammed ne condamnait pas le rire. « Sous la dynastie ommeyyade (…), un esprit caustique, parfois frondeur et enjoué, s’est épanoui », souligne Jean-Jacques Schmidt, anthropologue, dans son anthologie Le Livre de l’humour arabe (collection Sindbad, chez Actes Sud). Humour qui revêtira au cours de la période abbasside, à partir de 750, « une forme littéraire à travers des jeux de mots, des énigmes, des traits d’esprit, des anecdotes savoureuses sur des grammairiens, des hommes de droit et de la religion », poursuit encore l’anthropologue. Le prophète, en revanche, non représentable, n’est pas caricaturable.La publication des caricatures de Mohammed par France Soir est donc «une vraie provocation», a lancé, jeudi 1er février au matin, Dalil Boubakeur, recteur de la grande mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman (CFCM). «C’est odieux, nous désapprouvons totalement cela, c’est une vraie provocation vis-à-vis des millions de musulmans en France», a-t-il déclaré avant de recevoir l’ambassadeur du Danemark en France qui lui en a fait la demande. La Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) et l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), quant à elles, ont annoncé qu’elles étudiaient le lancement d’une procédure judiciaire. « Critiquer le prophète est une chose et les musulmans y répondent mais l’islam a un principe, ne pas se moquer du prophète… », explique à La Croix Laj Thami Breze, président de l’UOIF. « Dans ce cas précis, ajoute-t-il, on n’est plus dans la critique, ni même dans l’humour, mais c’est de l’insulte. C’est comme s’il n’y avait plus rien à proposer aux gens que la moquerie des choses sacrées… Trop c’est trop ! »Au-delà, Ghaleb Bencheikh, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix, a appelé au « respect fondamental de ce qui fonde les croyances des uns et des autres, quels qu’ils soient », lançant « une supplique au sens des responsabilités car des sermonnaires doctrinaires existent pour sauter sur ce genre de comportements et aggraver la situation ». Crainte partagée par Laj Thami Breze : « Ces caricatures peuvent pousser certains musulmans à la radicalisation. »



Le judaïsme pratique l’autodérision

« Non, vraiment, je ne vois pas ! » Le rabbin parisien Haïm Korsia est bien en peine de trouver un exemple, dans un passé récent, de protestation provoquée par une caricature à propos de l’une ou l’autre figure du judaïsme. Que Moïse, ou le roi David, ou encore Maïmonide soit ridiculisé, cela ne prête pas à conséquence. « Dans le judaïsme, on a l’habitude de l’autodérision », souligne Haïm Korsia qui n’est jamais en panne d’histoires de rabbins. Selon lui, l’ironie face au sacré n’a ni plus moins les mêmes limites que face à la vie : « On sait que ce n’est pas bien de se moquer des handicapés mais on le fait tous. » Et de citer le film Roberto Benigni La Vie est belle, mettant en scène un père et son fils dans un camp de concentration… « On peut rire de beaucoup de choses, insiste Haïm Korsia, et si l’on se sent blessé par une moquerie il faut se demander pourquoi. »Dans le judaïsme primitif, rappelle le philosophe Armand Abécassis, il existait un « interdit absolu de représenter Dieu ». Interdit qui s’est ensuite étendu aux représentations de l’être humain, comme le prescrit la Torah : « Tu ne feras pas d’idole, ni rien qui ait la forme de ce qui se trouve au ciel là-haut, sur terre ici-bas ou dans les eaux sous la terre » (Ex 20,4). Par crainte de l’idolâtrie, le judaïsme a même interdit, jusqu’au Moyen Âge, tout art pictural, sacré ou profane. Encore aujourd’hui, dans les synagogues, il est rare de voir représentés des êtres humains même si certains artistes juifs, tels Chagall, se sont autorisés à le faire : « parce que l’homme est à l’image du Dieu unique dont on ne peut voir la face » (Ex 33, 20).Ceci n’a jamais empêché, insiste à son tour Armand Abécassis, les moqueries et les caricatures « dès lors qu’elles ne manquent pas de respect » aux personnes. D’ailleurs, chaque année pour la fête de Pourim, il est permis – « et même recommandé ! » – de boire du vin jusqu’à perdre la tête pour mieux se moquer de toutes les figures d’autorité. « Dans les écoles rabbiniques, les élèves singent leurs enseignants ; dans les familles les enfants se moquent de leurs parents. Et en Israël, c’est dans la rue qu’on se moque des hommes politiques… »

Bernard JOUANNO, Pierre SCHMIDT et Claire LESEGRETAIN

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