"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

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Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

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Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

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CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions
Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

mercredi, juillet 22, 2009

LACRISE
POLITIQUE
ENIRAN
Source : ouestfrance.fr en ligne le 22 juillet


Iran :
le long chemin de la démocratie



Après le scrutin présidentiel truqué en Iran et la répression des manifestations à Téhéran, deux leçons peuvent être tirées.


Première leçon : l'Iran, qui fut le berceau de l'islamisme politique depuis la révolution religieuse de1978, a rompu avec cette idéologie. Le régime, qui continue de parler en son nom, n'a plus l'emprise qu'il avait sur la population. Son discours est désormais nationaliste, populiste, antisioniste et, de là, antisémite. Il est archaïque culturellement, il en appelle à la fermeture, et son pouvoir tient à un mélange de clientélisme (redistribution de l'argent du pétrole) et de répression. La synthèse mobilisatrice de la religion et de la politique ne fonctionne plus, c'est désormais d'autre chose qu'il s'agit.

Il ne faudrait pas en déduire que l'opposition a rompu avec la religion. En fait, la rupture est avec la plupart des mollahs et des ayatollahs, elle n'est pas avec la foi proprement dite. Les Iraniens sont de plus en plus nombreux à souhaiter participer à la modernité, ils veulent pouvoir écouter de la world music, ils se passionnent pour le sport, ils n'acceptent plus les interdits qui pèsent sur l'amour et la sexualité, ils veulent entrer dans la mondialisation. Celle-ci ne leur fait pas peur, elle est, au contraire, ce dont ils rêvent et qui leur est interdit par le pouvoir. Il n'y a, dans l'opposition, aucune nostalgie relative au passé qu'incarnait le Shah ; personne n'en appelle à la modernisation à marche forcée et encore moins à la brutalité qui l'accompagnait.

Deuxième leçon : l'opposition qui s'est exprimée lors de l'élection présidentielle est profondément démocratique, même si elle ne met pas toujours la notion de démocratie en avant. Elle n'est pas tentée de prendre le pouvoir par les armes, elle n'est pas violente, elle n'est pas révolutionnaire. C'est ce qui explique ses difficultés à maintenir une action de rue visible. Quand un mouvement est attaché aux valeurs de la démocratie, il ne peut pas utiliser les ressources de l'antidémocratie, recourir à l'intimidation, au mensonge, à la terreur. Mieux même : il éprouve de la peine à comprendre que ces ressources soient mobilisées par le pouvoir.

Il est possible que certains, par déception, vivent si mal la situation présente qu'ils décident de plonger dans la clandestinité, s'arment, dérivent vers le terrorisme, mais ce ne peut être que marginal. Le caractère démocratique de l'opposition la rend imperméable à ce type de logique. Conséquence déjà perceptible : le régime n'a pas de difficulté majeure à faire fonctionner ses appareils de coercition, à bâillonner la société, à interdire toute expression libre et, ainsi, à s'installer pour durer.

L'exemple polonais de Solidarnosc est là pour nous aider à réfléchir. Vers 1980-1981, ce puissant mouvement social a contraint le régime à se montrer pour ce qu'il était devenu : non plus l'expression d'un mouvement communiste mobilisateur, mais celle d'une junte militaire sans emprise, incapable de susciter des dynamiques populaires en sa faveur. Interdit d'existence légale par le coup de force du général Jaruzelski, le 13 décembre 1981, ce mouvement a dû attendre la fin des années 1980 avant de voir son pays entrer dans l'ère de la démocratie. Il en est de même en Iran. L'opposition vient de démontrer l'épuisement de l'islamisme politique, mais il faudra longtemps avant que l'on puisse voir la démocratie s'imposer.



(*) Sociologue, École des hautes études en sciences sociales.


Michel Wieviorka (*)

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