"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

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Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

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Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

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CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

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Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

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de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

jeudi, décembre 15, 2011

LESJUIFSFRANCAIS
ETLEFRONTNATIONAL
LANOUVELLEIDYLLE
LEBNEI-BRITHET
LALIGUEDEDEFENSEJUIVE

DIALOGUEAVEC
LEPARTIFASCISTE

Source : lenouvelobs.com en ligne
le 15 décembre 2011 à 21h 19
sur Diasporablog à 22h 56



Le FN, Israël... et la France





Par
Nicolas Lebourg.



Le séjour en Israël de Louis Aliot, vice-président du Front National et compagnon de Marine Le Pen, a provoqué de nombreuses réactions. Elles furent souvent d'autant moins pondérées qu'elles ne tenaient pas compte de la complexe histoire de la relation de l'extrême droite à Israël. Celle-ci est d'ailleurs souvent moins affaire d'évolutions internes que contre-coups du conflit israélo-palestinien et conséquences de tactiques de politique intérieure.

Une sympathie pro-israélienne

Globalement, jusqu'à la fin des années 1960, Israël est vue à l'extrême droite comme un bastion de l'Occident contre le communisme et les Arabes, voire, dans les rangs radicaux, comme ayant réalisé l'utopie d'une nation de paysans-soldats en mobilisation permanente. Lors du conflit de Suez (1956), l'officier Jean-Marie Le Pen n'aurait pas caché son admiration pour l'armée israélienne.

De plus, les partisans de l'Algérie française reçoivent divers soutiens depuis Israël. Ce n'est pas par hasard si, dans les années 1980, Pierre Sergent, qui fut l'un des principaux chefs de l'OAS, est aussi celui qui, au sein du Front National, condamne sans discontinuer toute ambiguïté antisioniste, antisémite ou négationniste. Louis Aliot est sur la même ligne, n'ayant pas hésité à s'opposer à Jean-Marie Le Pen lorsque celui-ci réévoqua le "point de détail". Issu d'un milieu pied noir et ayant un aïeul juif algérien, Louis Aliot a d'ailleurs repris à Sergent son implantation territoriale à Perpignan (ville à forte composante pied noir) et la direction du satellite frontiste en charge des rapatriés.

Le ralliement à l'antisionisme

Lors de la guerre des Six jours (1967), même l'ancien Commissaire aux Questions Juives Xavier Vallat soutient Israël. Mais le nationaliste-révolutionnaire François Duprat publie alors, avec l'aide de Maurice Bardèche, le père du négationnisme français, un texte à contre-courant. Il y reprend l'argumentaire lancé par les Soviétiques pour délégitimer Israël, visant à assimiler ce pays et le III e Reich, le sionisme et le nazisme. Le thème a été popularisé par les nationalistes arabes et est, en Europe, diffusé par les communistes, et une large partie de l'extrême gauche. Duprat enrichit l'argumentaire en le liant au négationnisme – le seul génocide réel serait celui du peuple palestinien – et au conspirationnisme. La France serait selon lui comme la Palestine : occupée par les sionistes, et le combat de l'extrême droite serait donc une lutte de libération nationale contre un pouvoir colonialiste et impérialiste.

Ces positions vont connaître un succès croissant au sein de l'extrême droite, et l'antisionisme devenir un trait classique à partir de la guerre du Kippour (1973). Jean-Marie Le Pen tente bien un temps des rapprochements avec Israël et les communautés juives, mais ils sont ruinés par l'affaire du "point de détail" (1987). L'extrême droite se persuade que le FN est victime d'un complot d'une internationale judéo-maçonnico-américano-sioniste, le B'nai B'rith. Cependant de nombreux cadres du FN finissent par comprendre que l'entêtement de leur président sur cette question contribue à la marginalisation politique du FN.

Le choc des civilisations

Avec la première guerre contre l'Irak (1991), l'extrême droite se rallie massivement aux thèses nationalistes-révolutionnaires de "résistance" des nationalistes du monde entier contre "l'impérialisme américano-sioniste". Néanmoins, un retournement pro-israélien se fait à partir de 1999. C'est à la fois l'année de la scission mégretiste du Front National et de la guerre du Kosovo. Bruno Mégret se démarque de son ancien parti en pointant un péril islamique qui menacerait l'Europe. Le 11 septembre 2001 et la Seconde Intifada (2002) l'amènent à forcer ce trait et à tenter d'adresser des signes à la communauté juive, d'autant que s'est popularisé le thème d'une nazification de l'islam. Il faut d'ailleurs souligner qu'aucun historien des fascismes n'admet l'analogie avec le sionisme, et qu'aucun n'admet également l'idée d'un "islamo-fascisme". Se répand le sentiment d'une explosion de l’antisémitisme (amenant en 2004 Ariel Sharon à inviter les Français juifs à émigrer en Israël) et l'idée que les masses d'origine arabo-musulmane seraient responsables d'un "nouvel antisémitisme", aussi violent idéologiquement que physiquement. L'extrême droite peut enfin sortir de l'ombre accusatrice des régimes autoritaires et totalitaires pour se présenter tel un rempart contre "un nouveau totalitarisme", et venir prospecter des segments sociaux qui lui étaient jusque là fermés à cause, précisément, des persécutions passées (juifs mais aussi homosexuels et francs-maçons).

La popularisation dans les droites européennes de la thématique du "choc des civilisations", permet, dans de nombreux pays, une évolution philo-israélienne de l'extrême droite. Renonçant à l'antisionisme et à l'antisémitisme, cette dernière est considérée comme plus intégrable à des coalitions. Le Front National a bien retenu la leçon ! Elle donne raison à ceux qui, comme Marine Le Pen et Louis Aliot, considèrent ces thèmes comme nocifs aussi bien idéologiquement que stratégiquement. Or ce sont ces dirigeants-là qui ont pris les rennes du parti en 2011.

La nouvelle présidente du FN rejette tout communautarisme mais tente de dresser des ponts avec la communauté juive. Les pans radicaux de cette dernière, telle que la Ligue de Défense Juive, ont déjà pris contact avec l'extrême droite française. Le B'nai B'rith lui-même a envoyé des signes. Marine Le Pen n'a guère besoin de souffler sur les braises de l'islamophobie.

Reste que la tache du FN est complexe. Comme futur candidat aux législatives de la circonscription des Français de l'étranger, Louis Aliot a présenté en Israël Michel Thooris, un proche de la Ligue de Défense Juive. Le Vice-Président du FN a certes toujours condamné toute trace d'antisémitisme. Mais, au sein de la communauté juive de France et d’Israël, l'argument premier de ceux qui ont voulu ostraciser Louis Aliot lors de son séjour israélien a pourtant été d'affirmer qu'il fût antisémite et négationniste.

Les enjeux

L'objectif du FN est ici moins la circonscription extra-territoriale que les franges les plus dures de l'UMP, du type "Droite populaire". Une part importante de cette droite populaire est acquise aux thèses du "choc des civilisations" et si, d'une part, le FN parvenait à recevoir un brevet de fréquentabilité depuis Israël, d'autre part l'UMP perdait la présidentielle, elle pourrait enfin être détachée de l'UMP et nouer alliance avec l'extrême droite. Il ne faut nullement omettre que l'enjeu de Marine Le Pen pour cette présidentielle n'est pas d'être élue, mais de faire perdre l'UMP pour la faire exploser à son profit.

Il est vrai qu'il était simple de fustiger le FN au temps du point de détail. Qu'il est bien plus délicat de mettre en cause l'importation et l'instrumentalisation du conflit israélo-palestinien par ceux, des deux bords, qui ne voient le monde qu'à travers ce prisme. Qu'il est bien moins aisé de combattre dans le même temps l'islamophobie et l'islam politique. Que d'admettre que les renoncements républicains sur ces questions sont ensuite autant d'avancées du sentiment d'une dislocation de la communauté nationale sous l'assaut des communautarismes. Donc, autant d'occasions pour l'extrême droite de voir encore progresser son influence.

Nicolas Lebourg


Chercheur et spécialiste de l'extrême droite
pour Le Nouvel Observateur



(Centre de Recherches Historiques sur les Sociétés Méditerranéennes – Université de Perpignan-Via Domitia)

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