"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

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Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

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Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

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CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

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Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

samedi, décembre 04, 2010

ISRAËL
ETLEMONDE
ULTRAORTHODOXE
Source : lalibre.be d'après la revue
L'HISTOIRE en ligne le 30 novembre



Israël au péril des ultra-orthodoxes
Avec la collaboration

du magazine “L’Histoire”


Pour les Juifs ultra-orthodoxes, la fondation de l’Etat d’Israël, en 1948, change radicalement la donne. Antisionistes et ultranationalistes vont se partager la scène.


Dans la première moitié du XIXe siècle, certains précurseurs du sionisme, tels Zvi Hirsch Kalischer ou Yuda Alkalaï, ont été des rabbins. De son côté, initié par des laïcs souvent en rupture ouverte avec la culture juive traditionnelle, le sionisme politique proprement dit, dont le congrès fondateur s’est tenu à Bâle en 1897, s’est évidemment appuyé, tout en la sécularisant, sur une attente messianique ancienne. Et ce n’est pas un hasard si, en 1905, après la mort de son chef de file Theodor Herzl, l’Organisation sioniste mondiale rejette définitivement l’option "ougandaise", à savoir celle d’un établissement juif en Afrique.


En effet, seule la perspective d’un "retour" en Palestine - "Terre d’Israël", symbole d’une gloire passée, lieu idéalisé d’un rassemblement et d’une restauration à venir - était à même de galvaniser les masses juives qu’on souhaitait mobiliser. Très longtemps, pourtant, aux yeux de l’establishment rabbinique, spécialement en Europe centrale et orientale, le sionisme n’est rien de plus que le nouvel avatar d’une modernité redoutée.

Face à lui, comme face au mouvement des Lumières juif (la Haskala), les différents courants de l’ultra-orthodoxie, hassidiques ou anti-hassidiques, vont faire front uni. Comment pactiser, en effet, avec un mouvement ouvertement laïc, prônant le volontarisme politique, et le recours à des moyens humains pour une rédemption purement terrestre ? Seul Dieu pouvait décider de libérer les Juifs de l’Exil en leur envoyant son Messie.

Les sionistes rompaient scandaleusement les trois "serments" qui, selon plusieurs sources rabbiniques anciennes, interdisent à Israël de se rebeller contre les nations des gentils, de hâter la fin et de quitter l’Exil "comme un mur", à savoir collectivement.


L’arrivée des premiers colons

L’arrivée des premiers colons en Terre sainte, dès la fin du XIXe siècle, est plutôt mal accueillie par les communautés, notamment ashkénazes, qui y sont déjà établies. Défiance et hostilité réciproques, frictions et conflits marquent les relations entre "Vieux" et "Nouveau" Yichouv (la colonie juive de Palestine). Aux yeux des orthodoxes, la Palestine est justement le lieu où, n’étant menacé ni par un antisémitisme virulent ni par les séductions de l’assimilation, un mode de vie respectueux de la Loi a quelque chance de se maintenir et de se développer.

L’irruption de ces mécréants qui valorisent le travail de la terre, dénigrent l’étude et prétendent parler au quotidien la langue sacrée est un véritable défi. Enjambant deux mille ans d’existence diasporique, cultivant ses racines bibliques au détriment d’une culture talmudique pluriséculaire, le sionisme apparaît comme une œuvre de négation du judaïsme d’autant plus dangereuse qu’elle se présente comme authentiquement juive.

Il y a certes, au sein du mouvement sioniste, une aile religieuse, incarnée par le Mizrahi (abréviation de l’hébreu Merkaz rouhani, "Centre spirituel"), fondé en 1902. Reste que ce courant refuse de voir dans le sionisme et le recours à l’action politique une fin en soi ; c’est d’abord pour lui un moyen de soulager la souffrance des masses juives opprimées et de réaliser la vocation propre, de nature foncièrement religieuse, du peuple juif.

C’est Abraham Isaac Kook (1865-1935), premier grand rabbin ashkénaze de Palestine, qui propose une synthèse entre sionisme politique et orthodoxie. La Terre sainte est pour lui le centre spatial de la sainteté dans le monde, irradiant verticalement vers les Juifs qui y vivent, et horizontalement vers les autres peuples et le reste du globe. Seule la résidence sur son sol est de nature à favoriser une renaissance de l’esprit prophétique.

Dieu use de voies mystérieuses pour apporter la rédemption au monde, et, sans même le savoir, les pionniers mécréants de la Palestine juive accomplissent en fait une mission messianico-historique essentielle.


De son côté, l’ultra-orthodoxie antisioniste s’organise elle-même politiquement, avec l’Agoudat Yisrael (l’"Union d’Israël"), créée en 1912. Cette mouvance qui mène le combat, notamment culturel, contre le sionisme, peut aussi faire preuve, à l’occasion, de pragmatisme et passer des compromis. Elle s’accommodera ainsi de la création de l’Etat et, faisant régulièrement partie des coalitions gouvernementales d’Israël, saura même tirer de l’Etat lui-même, au fil des décennies, plus d’un bénéfice.

De fait, intervenant au lendemain du génocide, la fondation de l’Etat d’Israël en 1948 change profondément la donne. Elle n’apaise pas pour autant toutes les tensions. C’est le monde orthodoxe et ultra-orthodoxe d’Europe centrale et orientale qui a été le plus massivement touché par l’extermination ; il a quasiment disparu du sol européen et tente de survivre outre-Atlantique et en Israël.

Laïcs et sionistes reprochent aux autorités rabbiniques d’avant-guerre d’avoir sacrifié leurs ouailles en les dissuadant d’émigrer en Palestine. A l’inverse, Yoel Teitelbaum (1887-1979), maître à penser du hassidisme Satmar, lui-même survivant du génocide, n’hésite pas, lui, à y voir le juste châtiment infligé par Dieu à un peuple corrompu par le sionisme.

David Ben Gourion, premier Premier ministre d’Israël, n’en passera pas moins un compromis historique avec les religieux, qui ne sont alors ni très nombreux ni très menaçants. L’Etat aura seulement des lois fondamentales, mais pas de constitution (la Torah, la Loi divine révélée sur le Sinaï, étant la seule Constitution légitime du peuple juif) ; les élèves des académies talmudiques seront exemptés du service militaire ; mariages et divorces seront gérés, s’agissant des Juifs, par les tribunaux rabbiniques ; les services publics seront fermés le shabat, les autobus eux-mêmes ne circuleront pas ce jour-là ; et les religieux pourront développer, avec des subventions d’Etat, leur propre infrastructure éducative.


Ce compromis politique était peut-être, en un sens, inévitable sur le plan idéologique. N’ayant pas réussi à proposer une définition laïque incontestable de l’identité juive, alors même que son objectif avait été de créer un Etat des Juifs, voire un Etat juif, le sionisme séculier n’a jamais pu ni voulu s’émanciper totalement de la norme rabbinique. Ainsi, dans sa formulation première, en 1950, la loi dite du Retour, permettant à tout Juif d’immigrer en Israël et d’y obtenir automatiquement la citoyenneté, ne précisait pas qui pouvait ou ne pouvait pas être tenu pour juif. Elle a depuis perdu sa souplesse initiale.

Seules désormais les personnes nées de mère juive ou converties au judaïsme sont officiellement tenues pour juives et les partis religieux luttent encore pour que seules soient reconnues les conversions orthodoxes. L’évolution de la démographie, l’immigration massive, dans les années 1950 et 1960, d’une population juive originaire des pays d’Islam, l’accroissement du "secteur" orthodoxe, un mouvement plus général de relatif retour au religieux, l’exacerbation de la dimension religieuse des conflits politiques, internes à Israël ou d’Israël avec les Palestiniens, contribuent au fil des décennies, à ébranler le fragile équilibre instauré. Et ce aussi bien entre religieux et laïcs - les derniers étant toujours inquiets d’une rupture du statu quo - qu’au sein du camp religieux lui-même.

L’événement charnière, dans ce long parcours, est la conquête, en 1967, lors de la guerre des Six-Jours, de la Cisjordanie, rebaptisée "Judée-Samarie", cœur de l’Israël biblique. Beaucoup, religieux et laïcs confondus, vivent cette victoire comme un véritable miracle, comme un signe messianique. Rares sont alors ceux qui, tel Yeshayahu Leibowitz (1903-1994), à la fois sioniste et orthodoxe, mesurent les risques que l’occupation et la domination d’un peuple sur un autre font courir à l’intégrité morale de l’Etat d’Israël.

Un néo-sionisme religieux, politiquement extrémiste, conférant à la simple occupation de la Terre une vertu rédemptrice que rien ne doit arrêter, notamment incarné par le Goush Emounim (le Bloc de la foi), fondé en 1974, est désormais à la pointe de la colonisation de ces nouveaux territoires.(Lire la suite page suivante)

(Suite) Le Goush Emounim, courant extraparlementaire dont l’une des figures de proue est le rabbin Moshe Levinger (né en 1935) et qui se trouve un maître à penser dans le rabbin Zvi Yehuda Kook (1891-1982, fils du grand rabbin Abraham Isaac Kook déjà cité), se conçoit comme un "mouvement pour le renouveau de l’accomplissement sioniste".

Il entend réaliser le rêve d’une Terre d’Israël "complète" (shelema). C’est pour lui un devoir sacré que de rester ferme, que de s’opposer aux pressions américaines et étrangères en général, que d’empêcher l’établissement d’une entité arabe en Palestine, et que de continuer, par l’occupation du sol, à participer au grand processus de rédemption.

L’arrivée au pouvoir du Likoud, la droite israélienne, en 1977, lui confère la légitimité. Les mouvements, groupes et groupuscules activistes dont le Goush Emounim est un exemple n’hésitent pas à recourir à l’action violente. En 1984, un réseau terroriste de colons ultranationalistes et religieux, notamment responsable d’attaques à l’explosif contre des maires de Cisjordanie proches de l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) est ainsi démantelé par les autorités israéliennes. Certains de ses membres avaient envisagé de faire sauter le Dôme du Rocher, lieu saint musulman érigé sur l’esplanade de l’ancien Temple de Jérusalem, pour provoquer un embrasement général du monde arabo-musulman. Tous finiront par être graciés par le président de l’Etat.


En 1994, Baruch Goldstein, un médecin israélien d’origine américaine, proche du Kach, mouvement raciste anti-arabe fondé par le rabbin Meir Kahane (1932-1990) massacre 29 Palestiniens au tombeau des Patriarches de Hébron. Et en 1995, Yigal Amir assassine Yitzhak Rabin, Premier ministre d’Israël, engagé dans le processus de paix avec les Palestiniens, accusé de trahison par la droite et l’extrême droite, y compris religieuse, depuis la signature des accords d’Oslo avec l’OLP en 1993. Amir justifie son acte en ces termes : "J’ai agi pour Dieu, pour le peuple, et pour la terre".

De telles actions sont évidemment loin d’emporter l’adhésion générale de l’opinion israélienne, ni même de la plupart des sionistes orthodoxes. De fait, les partis religieux eux-mêmes ont souvent oscillé entre des positions contradictoires. Luttant, comme beaucoup de laïcs israéliens, mais à leur manière, pour préserver, voire renforcer la judéité de l’Etat juif, ils sont spontanément plus proches d’une droite conservatrice que de la gauche.

Une certaine ambivalence n’en demeure pas moins la règle, comme l’illustre, entre autres, le cas du Shas. Fondé en 1984, ce parti, qui représente les franges orthodoxes des communautés d’origine sépharade et orientale, est l’expression politique du rejet d’un establishment principalement ashkénaze et travailliste ayant toujours traité ces populations avec mépris. Son maître à penser, Ovadia Yosef, grand rabbin sépharade d’Israël de 1973 à 1984, n’hésitait certes pas à tenir en 2001 des propos racistes sur les Palestiniens.

C’est toutefois le même homme qui, en 1979 et à nouveau en 1989, s’était déclaré théoriquement disposé, sur la base du droit rabbinique, à rétrocéder des territoires si cela était le seul moyen de ne pas mettre en danger des vies juives. Et c’est lui encore, en 1995, qui considère qu’un homme comme l’assassin de Rabin "n’a pas sa place dans le monde à venir" et que son acte est de ceux "qui risquent d’éloigner la présence divine".

L’évacuation des implantations juives de Gaza, en 2005, et la résistance très médiatisée de leurs membres ultra-orthodoxes n’ont finalement pas suscité en Israël de mouvement de solidarité décisif, ni chez les laïcs ni chez les religieux. Par ailleurs, radicalité religieuse et extrémisme politique, dans ce pays, ne vont pas nécessairement de pair.

C’est un laïc, Avigdor Lieberman, ministre actuel des Affaires étrangères, qui incarne le mieux, en Israël, la droite la plus irrédentiste. Le gouvernement dont il fait partie s’appuie d’ailleurs sur une coalition assez large, qui comprend aussi bien le Parti travailliste que le Shas. L’antisionisme radical, quant à lui, n’a pas disparu de certains milieux ultra-orthodoxes, certes très minoritaires, d’Israël et d’ailleurs. Tels les Netourei Karta (les "Gardiens de la Cité") qui se plaisaient à entretenir des relations cordiales avec Yasser Arafat, ou qui, plus récemment, sont allés jusqu’à se compromettre publiquement à Téhéran en 2006, en participant à une conférence négationniste. Une initiative qui n’a pas manqué de susciter le scandale d’un bout à l’autre du spectre politique et religieux du monde juif, y compris d’ailleurs dans d’autres franges de l’ultra-orthodoxie antisioniste.

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