LEGISLATIVES
ENISRAËL
Source : lemonde.fr en ligne le 9 février

La percée politique
de l'ultra-nationaliste Lieberman
inquiète en Israël
"Nous ne pouvons plus ignorer que Lieberman est le juste reflet de l'Etat d'Israël. (...) Il est ses valeurs, sa voix, ses espoirs", constate amèrement B. Michael sur le site anglophone du grand quotidien Yediot Aharonot. "Un Etat Lieberman n'a pas besoin de se cacher sous un voile propret, poli, cohérent et faux. Il doit montrer le visage qu'il mérite. Ce qu'il est. Ce que nous sommes."
UN MESSAGE QUI TOUCHE LES REJETÉS,
LES PAUVRES, LES IMMIGRANTS
Né en Moldavie, Avigdor Lieberman a fait ses classes au côté du rabbin populiste Meir Kahane. Fondateur de la Ligue de la défense juive et du parti raciste et ultra-nationaliste Kach, le rabbin avait défrayé la chronique en 1984 en obtenant un siège au Parlement. Le parti a été interdit de Knesset en 1988 et son organisation a été considérée comme terroriste en Israël et aux Etats-Unis en 1994.
Mais les temps ont changé. "Meir Kahane peut reposer en paix", écrit Gideon Levy, journaliste phare du quotidien de gauche Haaretz. En 2009, "le kahanisme est légitime dans le discours public", poursuit-il. Meir Kahane prêchait l'expulsion des Palestiniens vivant en Israël. Lieberman, lui, se borne à réclamer leur transfert.
"Il a choisi une cible facile : les Arabes israéliens", s'indigne Gideon Levy. Le slogan d'Israël Beitenou, "sans loyauté, pas de citoyenneté", est sans équivoque. Et le message porte. Il séduit "les classes les plus faibles, les rejetés, les pauvres et les immigrants", ainsi qu'une partie de la jeunesse. "Lieberman est la voix de la foule, et la foule a soif de haine, de vengeance et de carnage", poursuit le journaliste.
QUELLE PLACE POUR LES ARABES ISRAÉLIENS ?
Mais qu'implique réellement cette "loi sur la citoyenneté" qu'Israël Beitenou veut faire voter ?, s'interroge Ellie Friedman dans une lettre ouverte publiée par le Jerusalem Post. "Vas-tu, comme l'imaginait Orwell, envoyer une police de la pensée faire du porte à porte pour forcer les citoyens à signer une déclaration de loyauté à l'Etat, ses lois et ses principes ? (...) Que se passera-t-il quand elle frappera à ta porte ? Ton programme ne respecte pas le caractère démocratique de l'Etat d'Israël."
Même le rabbin Ovadia Yossef, chef spirituel du Shass (le parti des ultra-orthodoxes séfarades), est monté au créneau. "Qui vote pour Lieberman renforce Satan", a-t-il déclaré dans une allocution télévisée.
Mais Avigdor Lieberman "est-il vraiment si terrible ?", se demande Hanoch Daum sur Ynetnews. "Grimé en nouveau Mussolini par les programmes télévisés satiriques", le leader d'Israël Beitenou est devenu la tête de Turc des médias israéliens. Pour Hanoch Daum, qui juge cette diabolisation excessive, Lieberman a le mérite de porter une question qui agite la société israélienne : quelle place pour les Arabes israéliens ?
C'est d'ailleurs ce qui lui vaut un tel succès. Aussi effrayant soit-il, le leader d'Israël Beitenou a toutes ses chances d'entrer au gouvernement. Benyamin Nétanyahou, le dirigeant du Likoud (droite), a dores et déjà annoncé qu'il lui proposerait un ministère "important" s'il devenait premier ministre après les législatives du 10 février. D'après Bradley Burston, du Haaretz, une alliance entre Tzipi Livni (Kadima, centriste) et l'extrême droite n'est pas tout à fait à exclure. Lieberman, lui, a déjà tiré son épingle du jeu.
Elise Barthet
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