"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

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Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

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Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

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CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions
Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

lundi, mars 04, 2013

ISRAËL
LEVEEDERIDEAU
SURUNEDEMOCRATIE
HORSDUCOMMUN
Source : telerama.fr en ligne le samedi 2 mars
à 00h 00



“The Gatekeepers”,
une histoire inédite d’Israël

Documentaire



Dans le film sidérant de Dror Moreh, six anciens chefs du contre-espionnage israélien dévoilent les dessous de la politique de l'Etat hébreu en Palestine. Des aveux précis qui tournent au réquisitoire.

The Gatekeepers a-t-il eu une influence sur le résultat des élections législatives israéliennes ? Sans doute pas, puisqu'elles ont vu Benyamin Netanyahou décrocher un troisième mandat à la tête du pays. Diffusé en pleine campagne, le documentaire de Dror Moreh a en tout cas fait salles combles et perturbé le ronron d'une élection dont les Israéliens n'attendaient pas grand-chose.

Si ce film, nommé aux Oscars et primé à de multiples reprises, est si dérangeant, c'est parce qu'il raconte une histoire inédite d'Israël, jetant une lumière crue sur trente ans de lutte antiterroriste et d'errements face à la question palestinienne. Six anciens dirigeants du Shin Bet, le service de contre-espionnage, racontent tout de leurs actions sans esquiver les questions qui fâchent, les bavures et leurs doutes sur le bien-fondé de la stratégie déterminée par les responsables politiques. Un flot d'aveux précis, circonstanciés et d'une sidérante acuité. Du jamais-vu. Un peu comme si en France les anciens responsables de la DCRI dévoilaient les coulisses des affaires de sécurité intérieure auxquelles ils ont été confrontés depuis trois décennies. On en rêve.

Dror Moreh, lui, l'a fait. Et bien fait. Le réalisateur israélien, auteur d'un premier film sur Ariel Sharon, ne cache pas s'être inspiré de The Fog of war (Brume de guerre), remarquable documentaire de l'Américain Errol Morris, qui raconte l'histoire de l'Amérique vue par Robert S. McNamara, ancien secrétaire à la Défense américaine, un des personnages les plus controversés et les plus influents de la scène politique internationale de l'après-guerre.

Au départ, la difficulté de The Gatekeepers consistait à faire parler des hommes plus habitués au secret qu'à s'exprimer librement face caméra. Après des semaines de siège, Dror Moreh finit par obtenir un entretien avec Ami Ayalon, dirigeant du Shin Bet entre 1996 et 2000. Coïncidence ou non, l'homme se révèle un admirateur de The Fog of war, qui, selon lui, mérite d'être montré dans les académies militaires du monde entier. « Si votre objectif est de réaliser un film de ce type : j'en suis », lui dit-il. Le réalisateur israélien a trouvé sa porte d'entrée.

Avec l'aide d'Ami Ayalon et beaucoup de patience, il obtient que six des sept derniers dirigeants du Shin Bet acceptent de témoigner. Au final, Dror Moreh recueille douze à quinze heures d'entretiens avec chacun d'eux. Une mine d'informations incroyable, dont le réalisateur va faire un film intelligemment construit qui tourne au manifeste contre la politique israélienne à l'égard des Palestiniens. Car si sur la forme The Gatekeepers n'a rien d'un réquisitoire, sur le fond il l'est. Les responsables du Shin Bet confessent n'avoir aucune considération pour les dirigeants politiques de leur pays et jugent désastreuse et sans avenir la politique menée par leurs gouvernements à l'égard des Palestiniens depuis l'assassinat de Yitzhak Rabin.

Ce qui rend le film passionnant, c'est la personnalité même de ceux qui en arrivent à ces conclusions. Personne ne comprend mieux le conflit entre Israël et les Palestiniens que ces six hommes. Personne ne peut non plus les suspecter d'idéalisme ou de sentiments anti-israéliens. Au contraire. Ils ont le patriotisme dans leur ADN et la sécurité d'Israël comme obsession. En son nom, ils soutiennent sans ciller qu'en matière de lutte contre le terrorisme « la morale n'existe pas » et ont méthodiquement planifié les assassinats de nombreux dirigeants palestiniens.

Leur analyse est froide, pragmatique, uniquement fondée sur leur connaissance du terrain depuis trente ans. Et ce qu'ils disent et que résume bien Ami Ayalon est terrible pour Israël. « Nous avons gagné chaque bataille, mais nous avons perdu la guerre. »

Les Gatekeepers seront-ils entendus ? C'est peu probable, en raison de la radicalisation de la société israélienne. A rebours de leur analyse pragmatique et salvatrice, Israël semble bien parti pour une nouvelle fuite en avant dans sa politique suicidaire à l'égard des Palestiniens. Il n'en reste pas moins une démocratie imparfaite mais authentique. Dans combien d'autres pays un tel film aurait-il pu voir le jour ?



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