"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

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Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

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Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

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CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

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Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

jeudi, août 09, 2012

APRESL.AROUMANIE
LAHONGRIEREVEILLE
SESVIEUXDEMONS
Source : lexpress.fr en ligne le 8 août 2012




Hongrie:
Szegedi, député antisémite...
et juif



De notre envoyé spécial
Boris Thiolay,



Elu du parti d'extrême droite Jobbik, il affirme avoir découvert récemment ses origines juives. Mensonges, délation, démission: un règlement de comptes sinistre sur fond d'histoire tragique.



Au premier abord, il a plutôt le physique de l'emploi. Stature massive, un bon mètre quatre-vingt-dix sous la toise, cheveu ras, petit bouc et gilet hongrois traditionnel: Csanad Szegedi s'affiche en tribun d'extrême droite. A 30 ans, ce membre fondateur du Jobbik - parti ultranationaliste qui multiplie les déclarations antitziganes et antisémites - aime les coups d'éclat. Elu député européen en 2009, il s'était présenté à l'ouverture de la session parlementaire, à Strasbourg, en uniforme de la Garde hongroise, l'organisation paramilitaire de son parti, qui terrorisait les villages Roms avant d'être dissoute, la même année. "J'ai été l'un des dix premiers membres de la Garde", rappelle cet ancien étudiant en histoire, qui dirige aujourd'hui une marque de vêtements et accessoires "nationaux".

Ce matin de juillet, assis dans un café de la rue Pozsony, au centre de Budapest, Szegedi martèle la rhétorique du Jobbik: l'héritage glorieux des anciennes tribus magyares, le "dépeçage criminel" de la Grande Hongrie après la Première Guerre mondiale lors du traité de Trianon ou encore la prospérité économique du pays menacée par la "finance internationale"... Puis, pour la première fois, il accepte de commenter devant un média étranger "sa récente découverte". Une révélation, dont il se serait bien passé: le 26 juin dernier, l'eurodéputé a confessé publiquement "avoir des origines juives". Sa grand-mère maternelle, Magdolna Klein, 93 ans, est même une rescapée d'Auschwitz...

« C'est bien la preuve que nous n'avons rien
contre les juifs »
"J'ai été très surpris. C'est sûr, il va me falloir un certain temps pour digérer tout cela, explique-t-il, sur un ton devenu moins martial. Mais cela ne change rien à mon engagement politique. Cette affaire a été montée pour nous déstabiliser: heureusement, cela n'a pas fonctionné." Effectivement, les révélations ont été orchestrées, via un site Internet néonazi, par un ex-rival de Szegedi au sein du Jobbik. Les deux hommes se disputaient le rôle de leader dans le Borsod, un fief de l'extrême droite, au nord-est du pays. Le parti a tranché: le délateur a été exclu et Csanad Szegedi a reçu un soutien officiel. "C'est bien la preuve que nous n'avons rien contre les juifs", claironnent les cadres du Jobbik ("meilleur", en hongrois). "La réaction de mes camarades m'a soulagé, poursuit le député européen. Car je ne vais renier ni ma grand-mère ni ses origines." Avant d'ajouter: "De toute façon, je ne me considère pas antisémite..."

Les écrits et déclarations de Szegedi ne laissent pourtant guère de doutes. Dans un livre-manifeste publié quelques semaines avant l'affaire - Je crois en la résurrection de la Hongrie - il consacre quatre pages à "la question juive". Voici ce qu'on peut y lire: "Les juifs ont besoin de parler de l'antisémitisme comme d'un élément vital. [...] Je ne serais pas étonné que des publications antisémites aient été écrites par des juifs eux-mêmes." Plus loin: "Le parc immobilier détenu par les Israéliens [en Hongrie] n'est pas destiné aux Hongrois. C'est seulement le profit financier qui [les] motive." Inutile d'en rajouter.

A Auschwitz, sa grand-mère échappe
à la chambre à gaz
En fait, l'histoire de Csanad Szegedi souligne, jusqu'à l'absurde, les errements de la mémoire concernant la déportation et l'extermination de plus de 500 000 juifs hongrois, en 1944. Mais aussi le climat délétère qui entoure aujourd'hui le débat politique dans le pays. La percée de l'extrême droite aux élections législatives de 2010 (près de 17 % des voix, 47 députés à l'Assemblée) gêne le Fidesz, le parti conservateur au pouvoir.

Pour séduire la frange ultranationaliste de l'électorat, le gouvernement du président Viktor Orban, démagogue et autoritaire, ne cesse de lui faire des appels du pied: réhabilitation d'écrivains antisémites dans les programmes scolaires, érection de statues de l'amiral Horthy, régent de Hongrie de 1920 à 1944 et allié d'Hitler... "Le Jobbik a contribué à banaliser la suspicion et la haine envers les juifs, explique Slomo Köves, jeune rabbin à la tête de la congrégation juive hongroise unifiée. Aujourd'hui, quand quelqu'un tient publiquement des propos antisémites, on trouve de moins en moins de gens pour lui couper la parole..."

« Aujourd'hui, quand quelqu'un tient publiquement des propos antisémites, on trouve de moins en moins de gens pour lui couper la parole »
Ferenc Erös, chercheur en psychologie sociale à l'université de Pécs, insiste sur un autre aspect de l'affaire Szegedi: "Elle tend un miroir dérangeant à la société hongroise. Après-guerre, beaucoup de rescapés de la Shoah ont caché leurs origines: non seulement ils voulaient taire et oublier leurs souffrances, mais ils craignaient aussi de nouvelles persécutions... Enfin, qui, dans ce pays, peut affirmer n'avoir aucun ancêtre juif?"

Quelle est la véritable histoire de Magdolna Klein, la grand-mère de Szegedi? En consultant les archives allemandes et hongroises sur les victimes du IIIe Reich, L'Express a pu reconstituer son itinéraire. Magda, alias Magdolna (diminutif de Madeleine), est née le 5 avril 1919 à Miskolc, la deuxième ville du pays, dans une famille juive peu pratiquante. Son père, Lajos Bornstein, dirige une société de transports. A la suite du décès de sa mère, la petite fille est adoptée à l'âge de 11 ans par un oncle et une tante, les Klein, qui n'ont pas d'enfants. 1944: Magdolna a 25 ans, elle travaille comme femme de ménage à Miskolc. Le 13 juin, tous les juifs de la ville sont raflés par la police hongroise et livrés aux nazis. Avec ses parents adoptifs et son père naturel, la jeune femme est déportée à Auschwitz (Pologne). Là, sélectionnée pour travailler dans une carrière de pierres, elle échappe à la chambre à gaz. Le 1er septembre suivant, elle est transférée au camp de concentration de Dachau (Allemagne). Elle est ensuite affectée dans une usine de soudure. Libérée par les Américains en avril 1945, Magdolna est l'unique survivante de sa famille. Rentrée en Hongrie, elle épouse Imre Meisels, un veuf, lui aussi rescapé de l'extermination. L'homme changera plus tard son nom en Molnar: "Meunier", en hongrois.

Ainsi, toute la famille de Csanad Szegedi, côté maternel, est juive. Lui, qui cultive l'histoire de ses ancêtres paternels, issus de la vieille noblesse hongroise, pouvait-il vraiment l'ignorer? "Je n'en savais absolument rien, soutient-il. Depuis cette révélation, ma mère m'a dit qu'elle avait des doutes. J'ai aussi compris pourquoi ma grand-mère a toujours porté des vêtements à manches longues: elle cachait le tatouage sur son avant-bras..."

Les délateurs de Szegedi n'en croient pas un mot. Zsolt Endresik, son ex-rival au comité régional du parti, accuse: "Il le savait depuis des années. Ce n'est pas le fait qu'il soit d'une famille juive qui me choque, c'est qu'il ait menti à ce sujet !" Zoltan Ambrus, 38 ans, l'un des alliés d'Endresik, fait, lui, partie de la mouvance ultra de l'extrême droite. Dans sa ferme isolée des environs d'Alsovadasz, village oublié du Nord-Est, il reçoit, entouré d'armes de poing, en tee-shirt kaki et pantalon de treillis. "Le physique de Szegedi m'avait mis la puce à l'oreille depuis longtemps, annonce-t-il d'emblée. J'ai fait des recherches. Quand je lui ai dit ce que je savais sur lui, il a voulu acheter mon silence..." Un enregistrement de leur conversation circule sur Internet depuis la semaine dernière. Acculé, Szegedi a annoncé le 30 juillet qu'il quittait le Jobbik. D'un air entendu, Ambrus avertit: "D'autres cadres de ce parti ont les mêmes origines que lui..." Au comble de sa paranoïa antisémite, l'extrême droite hongroise va-t-elle désormais traquer les juifs jusque dans ses propres rangs?

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