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Source :lenouvelobs.com en ligne
le 12 novembre
Le judaïsme mis en cases (et en bulles)
La mode des BD casher
Par David Caviglioli
Vivre dans la crainte permanente de Dieu, ça évite bien des soucis, mais c'est assez ennuyeux. En Israël, les Haredim avaient du mal à passer le temps, repliés sur eux-mêmes, sans télévision ni Internet. C'est désormais fini. Maintenant, ils ont des bandes-dessinées casher.
Ces comics ne plairont pas à tous les enfants : on n'y trouve ni sexe, ni violence. En revanche, on peut y découvrir les aventures des personnages bibliques et des grands rabbins de la tradition orthodoxe, comme Yisrael Ben Eliezer, fondateur du judaïsme hassidique au 18e siècle. Dans le feuilleton hebdomadaire relatant ses exploits, Ben Eliezer n'est pas présenté comme le premier rabbi venu. Il a des pouvoirs. Il est télépathe, et possède une vision à rayon X. L'origine de ces pouvoirs ne fait pas l'objet d'une intrigue alambiquée, comme dans « X-Men » ou « Iron-Man ». C'est tout simplement un coup de Dieu. La religion simplifie tout, même les histoires de super-héros.
Dror Yisrael Cohen, l'auteur des aventures d'Yisrael Ben Eliezer n'a cependant pas souhaité aller trop loin dans le surnaturel, comme il l'explique à l'AFP : « Mes héros n'auront jamais des pouvoirs comme ceux de Hulk ou Superman car cela n'a aucun sens. Ils auront certains pouvoirs dans les limites de la logique. » Il reste aussi dans les limites d'une autorité rabbinique qui lui interdit d'utiliser Internet pour travailler, vérifie que le contenu de ses albums n'est pas de nature à corrompre l'esprit de ses jeunes lecteurs et s'assure qu'il respecte les commandements bibliques relatifs aux images :
« Tu ne te feras aucune image sculptée, rien qui ressemble à ce qui est dans les cieux, là-haut, ou sur la terre, ici-bas, ou dans les eaux, au-dessous de la terre. »
La Bible n'était pas faite pour faciliter le travail des dessinateurs. On se dit que Dieu n'avait vraiment pas envie que des super-héros viennent lui chercher des poux.
Les Haredim ne sont pas les premiers à avoir eu l'idée de mettre le judaïsme en cases et en bulles. Au début du XXème siècle, les Juifs émigrés lancèrent à New York bon nombre de publications, dont le célèbre « The Big Stick », lancé par le poète d'origine russe Jacob Marinov. Le journal devint rapidement le « Charlie Hebdo » du Lower East side yiddish. Le prolétariat juif américain s'y dépeignait en une horde d'Hébreux menés à la Terre promise par un gros barbu qui ne ressemblait pas tant à Moïse qu'à Karl Marx. Beaucoup de dessinateurs venus d'Europe de l'Est firent leurs classes dans cette publication qui lança toute une tradition de comics satiriques mythiques - depuis « Abe the Agent » jusqu'au magazine « Mad ».
Mais le précurseur le plus célèbre des nouveaux héros de la bande-dessinée orthodoxe est sans aucun doute Superman, le modèle de tout journaliste qui se respecte. Créé en 1930 par Joe Shuster et Jerry Siegel, deux étudiants juifs de Cleveland, le sauveur en rouge et bleu est devenu le symbole de la communauté juive et de son fantasme assimilationniste dans l'Amérique antisémite des années 1930 et 1940 (1). L'identité juive stéréotypée de Clark Kent, dont le vrai nom est Kal-El (« petit Dieu » en hébreu), hante ses aventures et devient plus évidente à mesure que les albums paraissent : on y découvre peu à peu un homme exilé, dont la planète d'origine a été détruite, étranger dans une société dont il a totalement épousé les valeurs, poussé à cacher la personne qu'il est réellement par peur de l'exclusion, amoureux de Loïs Lane, l'Américaine-type - le père de Philip Roth dirait la « shikse ».
A sa suite, la culture juive a irrigué une grande partie des productions américaines, depuis « Batman » jusqu'aux « Contes de la Crypte ». Autant dire que sans cet ascétisme forcené que les Haredim s'imposent, notre bon rabbin Ben Eliezer aurait face à lui une sévère concurrence.
D.C.
(1) voir, pour en savoir plus,
« Encyclopedia of American Jewish History »,
éd.Stephen H. Norwood et Eunice G. Pollack (en anglais).
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