"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

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Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

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Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

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CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

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Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

mardi, juin 16, 2009

ISRAËL
COMME
ONLAIME
Source : lemonde.fr en ligne le 15 juin




Passion électrique



Il faut s'armer de patience pour rencontrer Shai Agassi. Pourtant, ce n'est pas un grand patron - si l'on se réfère à la taille de sa société -, en tout cas pas encore, ni un homme politique, encore moins une star du cinéma. Il n'empêche : l'homme a un agenda de globe-trotteur.


Shai Agassi a une mission à remplir : nous désintoxiquer du pétrole. C'est même devenu une obsession. En quelques mois, cet Israélo-Américain est devenu incontournable dès qu'il est question de véhicule électrique. Le magazine Time vient de le désigner parmi les 100 personnalités les plus influentes de la planète.

Alan Salzman, le patron du fonds d'investissement américain Vantage Point, n'hésite pas à voir en lui le nouveau Steve Jobs, le patron d'Apple. L'objectif de Shai Agassi : créer partout où c'est possible des réseaux de stations de recharge ou d'échange immédiat de batterie. En 2007, il a levé plus de 200 millions de dollars pour créer sa start-up, Better Place.

Il n'a rien d'un excentrique ni d'un exalté, même si son pari peut sembler fou. Brillant orateur, charismatique, il a déjà su convaincre Israël, le Danemark, l'Australie et la ville de San Francisco. Et serait même en pourparlers avec un Etat du golfe Arabo-Persique. Renault et Nissan sont les seuls constructeurs à avoir cru dans son projet. En 2011, la batterie des voitures électriques Renault pourra être rechargée en Israël grâce à un réseau de 100 000 bornes ou échangée dans 100 stations.

Rien ne destinait Shai Agassi à se lancer dans cette aventure. Certes, il vit en Californie, l'Etat le plus vert des Etats-Unis, et s'est converti depuis belle lurette à la voiture électrique. Mais il n'était "pas spécialement écolo". En revanche, c'est un entrepreneur-né. A 22 ans, l'âge où la plupart des jeunes Israéliens commencent leurs études, il est déjà diplômé de la célèbre université du Technion, de Haïfa, et a créé son entreprise.

C'est avec son père, informaticien lui aussi, qu'il fait ses premières armes d'entrepreneur. Ses parents ont débarqué en Israël en 1948, venant d'Irak pour son père, du Maroc pour sa mère. Créatrice de mode, elle a longtemps soutenu financièrement son mari et son fils grâce à sa chaîne de magasins. "A un moment donné, on avait quatre sociétés. Elle nous prêtait de l'argent. Heureusement qu'elle était là !", se souvient-il.

En 1995, à la faveur d'un gros contrat avec Apple, il s'installe dans la Silicon Valley. Il frôle la faillite et remonte une société, Top Tier, qu'il revendra très très cher à SAP, le leader mondial des logiciels d'entreprise. A 30 ans, il aurait pu jouer les rentiers, comme de nombreux surdoués de la bulle Internet. Mais SAP lui propose de l'embaucher. "Je n'avais rien à faire. Alors, je suis resté", lance-t-il, désabusé. L'argent, dit-il, ne l'intéresse pas : "Tu es ce que tu construis et pas ce que tu dépenses."

Qu'est-ce qui a donc poussé ce quadragénaire - il fait dix ans de moins - à démissionner de SAP, alors qu'il aurait pu légitimement en prendre la présidence ? Il aura suffi d'une rencontre et d'une question pour remettre en cause une carrière bien tracée. "D'ici quinze ans, qu'aurez-vous fait pour rendre le monde meilleur ?", demande un jour Klaus Schwab, le créateur du Forum de Davos, aux Young Global Leaders, la crème des jeunes patrons inventifs. Nous sommes en 2005. "Lorsque je suis revenu chez moi, j'étais totalement chamboulé", se souvient Shai Agassi.

Pendant deux ans, l'informaticien de haut vol va travailler sur les ruptures technologiques à venir. Ses travaux le portent à réfléchir sur la voiture propre. "J'ai tout étudié, l'éthanol, l'hydrogène... Rien d'autre que la voiture électrique ne pouvait résoudre à mes yeux le problème de notre addiction au pétrole", explique-t-il. Sa conclusion est simple : recharger sa batterie doit être aussi facile que faire le plein d'essence.

Il tâte le terrain auprès de Bill Clinton lors d'une conférence. L'ancien président américain l'exhorte à concevoir un modèle astucieux. Il imagine alors un réseau de bornes de recharge de batterie, avec un système calqué sur la téléphonie mobile. La batterie sera à la voiture ce que la carte SIM est au téléphone.

Forum de Davos 2006 : Shai Agassi présente son projet à Shimon Pérès. Deuxième choc. "Qu'est-ce qui serait plus important que de résoudre cette question (la dépendance au pétrole) pour ton pays et le monde ?", lui demande le président d'Israël. "Cette simple question m'a fait abandonner ma carrière et à m'engager à fond dans ce projet", se souvient-il.

Un lien indéfectible le lie à Israël, même s'il n'y vit plus depuis longtemps. Il est marié à une Israélienne, Nili, et parle hebrish (un mélange d'hébreu et d'anglais) à la maison avec ses deux fils. "Tu peux enlever un homme d'Israël, mais tu ne peux pas enlever Israël d'un homme", explique-t-il avec pudeur. Son frère et sa soeur travaillent pour Better Place, et toute la recherche est installée en Israël.

"Shai Agassi est très israélien. Il faut l'écouter parler des fondateurs comme Ben Gourion, il a les yeux qui brillent", dit Patrick Pélata, le directeur général de Renault, avec lequel il a passé de longues heures à peaufiner le projet. Il lui a suffi de quelques minutes pour convaincre Carlos Ghosn, le patron de Renault et de Nissan, de travailler avec Better Place. Mais il a aussi ses détracteurs. "C'est un type brillant, un excellent vendeur, mais son système ne marchera pas", tranche Vincent Bolloré. Le patron du groupe du même nom, qui a lancé sa Blue Car, une voiture électrique qui se recharge, estime que le changement de batterie est trop complexe.

Better Place est sans doute le cadeau de Shai Agassi à la planète et à ses enfants. En hébreu, Shai veut dire "don". "J'ai pensé au monde dont ils allaient hériter à cause de nous, confie-t-il. Si nous leur passons notre addiction au pétrole, ils paieront pour nos péchés." Mais, au-delà de l'écologie, c'est aussi de géopolitique qu'il est question. "Nos économies sont pilotées par le pétrole. Sans le pétrole, il y aura des démocraties partout dans le monde", assure-t-il. Et la paix aux Proche-Orient.

Cela ne l'empêche pas d'être pragmatique sur le conflit israélo-palestinien. "La question n'est plus de savoir qui va l'emporter ou qui va perdre. Les deux camps doivent gagner à faire la paix." Est-il pour autant militant ? "Je ne sais pas comment protester. Je ne suis pas un activiste." Sauf en affaires.



Nathalie Brafman

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