"LES MUSULMANS ET LE SEXE" de NADER ALAMI Editions GUMUS

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Recueil de Poésie en Hommage à Jenny Alpha

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Couv "LES PLEURS DU MÂLE" Recueil de Slams d'Aimé Nouma Ed Universlam

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CAMILLE CLAUDEL Naissance d'une vocation parJeanne Fayard Rivages Editions

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Sortie en librairie début mai 2013

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE

A LA RECHERCHE D'UNE MEMOIRE PERDUE
de GISELE SARFATI Editions PLUMES et CERFS-VOLANTS

dimanche, janvier 13, 2008

PASSERELLE
Source : israelvalley.com en ligne le 12 janvier



ISRAEL TRANSPORT - EGGED :
La première chauffeuse arabe (et en hijab)
de bus de la compagnie nationale israélienne.

Nabila Abou Dabai. Originaire de Nazareth, cette jeune femme arabe et musulmane s’apprête à devenir la première chauffeuse (en hijab) de bus de la compagnie nationale israélienne.

«Ses longues mains délicatement posées sur le volant du véhicule de 13 tonnes, Nabila Abou Dabai enchaîne les ronds-points et les arrêts progressifs devant les stations d’autobus pour s’entraîner à y prendre des passagers, pour le moment imaginaires. «Shuai shuai Nabila» («doucement, doucement, Nabila»), lui répète en arabe à intervalles réguliers son instructeur, Nabi Saheg, directeur d’une école de conduite à Nazareth, la plus importante ville arabe d’Israël. La jeune femme, assise bien droite sur le siège du conducteur, ignore les regards amusés et parfois perplexes des passants et des autres conducteurs.
Concentrée, elle semble ne pas voir, dans un autobus à proximité, une passagère qui la montre du doigt en riant. Elle est vêtue comme elle du hijab et de la longue robe traditionnelle, portés par les musulmanes pratiquantes. «J’évite le centre-ville parce que les gens n’en reviennent pas quand ils la voient, les conducteurs restent scotchés, c’est l’attraction. Alors je n’y passe pas, je ne veux surtout pas provoquer d’accident», explique son instructeur. Nabila esquisse un sourire complice sans décrocher ses yeux vert d’eau soigneusement maquillés des courbes de la route qui défilent devant elle.

Depuis quelques mois, elle n’a qu’un seul but : devenir chauffeuse de bus dans la compagnie nationale d’autobus israélienne, Egged, dont les véhicules sillonnent le pays sur des centaines de kilomètres de lignes. «Ce sont les Arabes qui sont le plus étonnés. Les Juifs ne font pas attention, même si c’est rare que des femmes, a fortiori religieuses, conduisent des bus en Israël, raconte Nabi Saheg. Il y a quelques exemples de femmes juives religieuses conductrices de bus Egged, mais si elle réussit, Nabila deviendra la première conductrice musulmane pratiquante de la compagnie.» Nabila «veut voir du pays», et n’a pas l’intention de se cantonner aux lignes desservant des localités arabes. «Si un terroriste veut venir se faire sauter dans mon bus, peut-être qu’il y réfléchira à deux fois en voyant mon hijab», plaisante-t-elle. Quant aux passagers juifs, ils monteront sans hésiter dans le bus de Nabila, prédit Daniel Bensimon, éditorialiste pour le quotidien Haaretz. «La notion de laïcité en Israël n’existe que comme option individuelle, pas en tant que loi comme c’est le cas en France. Cela ne choque donc personne de voir des employés de l’Etat, qu’ils soient chauffeurs de bus, professeurs d’université ou hauts fonctionnaires, porter la kippa ou, dans les cas des femmes, le hijab», explique-t-il. Avant de compléter : «A cela s’ajoute le “miracle israélien”. Malgré les divisions très profondes de la société, notamment entre la majorité juive et la minorité arabe, et malgré le conflit meurtrier entre Israéliens et Palestiniens, le mélange extraordinaire que constitue la société israélienne continue de fonctionner, les individus continuent à être liés, à vivre ensemble.»
Pour son instructeur, un Arabe israélien originaire de Nazareth qui la prépare en lui parlant un mélange d’arabe et d’hébreu, Nabila est un exemple à suivre. «C’est très important que des femmes comme Nabila exercent ce métier. Cela donne une autre image de l’Islam et secoue certains préjugés sur la société arabe : c’est la preuve que les femmes ne sont pas juste faites pour rester à la maison et s’occuper des enfants.»
Une vie à laquelle Nabila se destinait pourtant. Cadette d’une famille de 8 enfants, elle se marie à 21 ans. «Je travaillais dans un magasin de chaussures. Ma future belle-mère m’a vue. Elle a pensé à son fils. Elle en a parlé à ma mère. En moins de deux, j’étais mariée.» Quelques mois de vie commune, et son mari se met à la battre. Elle se tait pendant plusieurs années, fait tout pour éviter de divorcer. Elle tente de s’inscrire à l’université pour étudier les mathématiques mais renonce face à l’opposition de son mari. «J’avais tout le temps des yeux au beurre noir. Ma famille le voyait mais ne disait rien. Un jour, il y a été trop fort. Je suis allée déposer plainte contre lui à la police.» Après un marathon judiciaire de trois ans qu’elle mène «complètement seule», sans même l’appui de sa propre famille, elle obtient finalement le divorce. Suit un passage à vide pendant lequel la jeune femme se consacre exclusivement à son fils, aujourd’hui âgé de 9 ans, et retourne vivre chez ses parents.

En 2005, le gouvernement israélien lance le très controversé plan Wisconsin de lutte contre le chômage, inspiré des méthodes américaines. Objectif : réduire le nombre de bénéficiaires des allocations sociales en conditionnant leur versement à la recherche active d’un emploi. Nazareth fait partie des villes choisies pour le lancement du projet. «J’ai compris que je devais travailler. Au début, ça n’a pas été facile. Mes parents, chez qui j’étais retournée vivre, me poussaient à rester à la maison. Les organismes affiliés au programme Wisconsin me proposaient des emplois sous-payés, essayaient de m’exploiter», se souvient Nabila.
Elle trouve finalement un poste d’animatrice dans un centre pour enfants où elle travaille tous les après-midi. Aussi modestes soient-ils, les 3 200 shekels (environ 560 euros) qu’elle gagne tous les mois – 2 100 shekels (environ 370 euros) de salaire auxquels s’ajoute une allocation de l’assurance nationale – changent sa vie. «Je suis indépendante. Le mois dernier, j’ai acheté une voiture. Je sais que je ne resterai plus jamais à la maison sans travailler. Si je perds mon travail, j’en trouverai un autre. Je ne vivrai plus jamais des allocations chômage», assure-t-elle.
Pour Nabila, le programme Wisconsin a été bénéfique. Surtout, il lui a permis de réaliser son rêve d’adolescente : devenir conductrice d’autobus. « A 15 ans, je me retournais pour voir les autobus passer. C’était comme un défi. J’essayais de m’imaginer ce que tu ressens quand tu domines de là-haut, quand tu conduis. Quand j’ai entendu qu’une formation était proposée dans le cadre du programme Wisconsin, je n’ai pas hésité une seconde.» La jeune femme doit cependant vaincre l’opposition de son grand frère, «très méfiant au début». «Il me disait que ça allait être dur pour moi d’entendre les commentaires des gens. Dans la société arabe, on met toujours des limites aux femmes, mais j’ai réussi à le convaincre. Je suis persuadée que les femmes peuvent faire pareil que les hommes.»

La jeune femme a déjà effectué une trentaine d’heures de conduite sur la quarantaine requises pour se présenter à l’examen du permis de conduire les autobus. Elle devra ensuite se soumettre à un test interne à la compagnie Egged. Une épreuve qu’elle réussira «sans problème», estime son instructeur.
Les journées de Nabila sont bien remplies : cours de conduite le matin, encadrement des enfants l’après-midi et cours théoriques le soir jusqu’à 21 heures. A peine le temps de voir son fils. «Je l’ai rassuré en lui disant que c’était une situation temporaire», explique-t-elle. Avant d’ajouter : «Je suis heureuse quand je suis dans le bus. C’est la première fois de ma vie que je fais ce que je veux. Je veux avancer toujours plus. Le prochain rêve que je veux réaliser, c’est de conduire des avions. Comme dit le proverbe hébreu : “Hagvoul ze ashamaim”» – «la limite, c’est le ciel».—

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